Ségolène annexionniste ?
Avec ses discours à la vacuité totale dont elle nous abreuve, il était impossible de connaître les véritables positions de Ségolène Royal sur la plupart des sujets. Un premier éclaircissement nous arrive :
A Jérusalem, Ségolène Royal affiche sa compréhension à l'égard des positions israéliennes
Après lecture de cet article, il y a de quoi être très inquiet et on comprend pourquoi les Israéliens lui ont fait si bon accueil.
Comme au Liban ou dans les territoires palestiniens, la candidate socialiste à l'élection présidentielle française a adapté son discours en saluant ici "les efforts pour la paix" du gouvernement israélien.
Comme lors du passage de son discours sur la Réunion, Mme Royal se situe en plein déni de la réalité ou en totale méconnaissance du dossier. Dans un cas comme dans l'autre, cela ne plaide pas en sa faveur. Ceux qui s'intéressent de près au problème palestinien savent ce que valent "les efforts pour la paix" du gouvernement israélien. Par ailleurs, Mme Royal pratique à l'extérieur ce qu'elle a déjà pratiqué pendant les primaires du PS : adapter son discours à ses interlocuteurs. Ce n'est pas avec cette méthode qu'on développe une politique sérieuse et cela présage, si elle était élue, un Chirac au féminin. Bien sûr, cela disqualifie totalement Mme Royal comme promoteur de la paix au Proche-Orient.
"Vous avez devant vous la seule responsable politique française qui s'est exprimée contre l'accès au nucléaire civil de l'Iran. Là se trouve le plus grand danger pour la sécurité d'Israël et du reste du monde", a-t-elle lancé aux journalistes. "Il ne faut pas laisser l'Iran accéder au nucléaire civil, et donc militaire, ce sera ma position si je suis élue présidente de la République", a insisté Mme Royal, qui avait avancé cette idée lors de la primaire socialiste. "Le premier ministre israélien m'a lui-même félicitée pour cette prise de position", a-t-elle souligné.
En se félicitant d'être félicitée pour une prise de position contraire au droit internationale, Mme Royal se place dans le camp des Bush, Blair et autres qui pensent, avec les Israéliens, que ce droit peut être mis entre parenthèses ou ressorti selon ce qui les arrange.
Le Monde fait à ce sujet un petit rappel qui s'impose :
Le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), qui a été signé en 1968 et compte aujourd'hui 189 signataires, souligne qu'aucune de ses dispositions "ne sera interprétée comme portant atteinte au droit inaliénable de toutes les parties au traité de développer la recherche, la production et l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques".
Ce que réclame Ségolène Royal (qu'aucun pays, pas même les Etats-Unis ou Israël, ne demande) reviendrait à rendre caduc le TNP, dont l'esprit est le suivant : en échange de leur renonciation à l'arme atomique, les Etats non nucléaires recevaient l'assurance que leurs voisins ne s'en doteront pas, et la reconnaissance de leur droit au nucléaire civil.
En l'occurrence, on pourrait dire avec un peu d'humour que Mme Royal est "plus royaliste que le roi" puisqu'elle va au delà des exigences d'Israël. Malheureusement, la suite ne donne plus du tout envie de sourire :
Sur bien d'autres points, Mme Royal a donné des gages à l'Etat juif. Ainsi a-t-elle affirmé qu'"en l'état actuel des choses, il n'était pas question de parler aux dirigeants du Hamas" comme elle avait pu le laisser entendre lors de sa visite au Liban. "Si les conditions s'y prêtent et pour faire avancer un certain nombre de processus, on ne doit fermer la porte à rien", s'est contentée d'affirmer Mme Royal.
S'agissant des survols des forces françaises de la Finul par l'aviation israélienne au Liban sud, la socialiste a adouci sa position. "Il faut que cela cesse", avait-elle déclaré à l'issue d'une visite au quartier général de la force de l'ONU, le 1er décembre. "J'ai compris que le nombre et la nature de ces survols ont déjà diminué. Ceux qui subsistent sont liés à un certain nombre de faits", a-t-elle affirmé à Jérusalem.
Enfin, Mme Royal n'a pas contesté le "mur de séparation" construit par Israël en Cisjordanie. "Il y a un problème sur le tracé de ce mur", a-t-elle déclaré, ajoutant : "Quand c'est nécessaire pour la sécurité, une construction est justifiée, encore faut-il que les choses se passent en bonne entente."
Ceci est bien un alignement complet sur la position d'Israël et une rupture de la politique d'équilibre relatif que la France maintenait jusqu'ici. Cette politique qui était déjà assez favorable à Israël pourrait basculer totalement en défaveur des droits du Peuple Palestinien. Mme Royal reconnaît en fait implicitement l'annexion d'une partie de la Cisjordanie. C'est un changement extrêmement grave qui pourrait ce produire là. Le Proche-Orient est en effet un foyer de tension majeur et une des sources du terrorisme international. La seule solution à ce problème est une paix juste et cela passe par un retour d'Israël aux frontières de 1967.
On comprend mieux pourquoi, sous l'influence de ses conseillers probablement, Mme Royal préfère rester dans ses discours avec ses généralités sur les "valeurs". Dès qu'elle entre dans les détails, elle démontre une incompétence d'apprenti-sorcier, expression qui n'a pas encore été mise au féminin. Souhaitons ne pas avoir à le faire.