Après le purin d'orties, les légumes oubliés
Des défenseurs de légumes oubliés condamnés pour vente illicite
LE MONDE 02.01.07
L'association Kokopelli, fondée en 1999, a pour objectif de "libérer la semence et l'humus". En clair, elle tente d'assurer la survie d'un maximum de variétés potagères et florales anciennes.
Rien de répréhensible, a priori, dans cet inoffensif commerce de graines potagères. Pourtant, le président de l'association, Dominique Guillet, a été condamné, vendredi 22 décembre, par la cour d'appel de Nîmes à une amende de 17 130 euros pour la commercialisation de semences de variétés non autorisées. Car Kokopelli, dont le magasin d'Alès (Gard) a reçu la visite des inspecteurs de la répression des fraudes, en mai et juillet 2004, est hors la loi.
Le Groupement national interprofessionnel des semences, graines et plantes (GNIS) et la Fédération nationale des professionnels de semences potagères et florales (FNPSP), qui représente les entreprises françaises du secteur, se sont constitués parties civiles. Selon Philippe Gracien, Kokopelli exerce "une concurrence déloyale par rapport à ceux qui respectent la réglementation".
Mais ses membres n'ont que faire de toutes ces règles, qu'ils jugent à la fois coûteuses et dangereuses. "D'après mes estimations, faire enregistrer une variété revient à 1 500 euros. Nous n'avons pas les moyens de payer", affirme Raoul Jacquin-Porretaz, agriculteur chargé du suivi des affaires juridiques au sein de l'association.
" La semence est devenue un produit marchand, les catalogues ne sont qu'une technique pour inféoder les paysans", ajoute-t-il. Kokopelli vend ses sachets de graines à des dizaines de milliers de personnes sans leur demander s'ils sont simples jardiniers ou maraîchers professionnels. En outre, l'association compte parmi ses clients des mairies, conseils généraux et autres conservatoires botaniques.
Kokopelli milite pour la création d'un fichier de variétés que chacun pourrait enrichir et utiliser à sa guise, quel que soit son objectif. Une perspective rendue possible, selon l'association, par la directive européenne 98-95, qui pose le principe de conditions particulières pour les "semences de conservation", variétés anciennes menacées d'érosion génétique. Mais cette disposition n'a pas été transposée en droit français.
Encore une fois, on utilise la réglementation pour faire entrer l'agriculture naturelle ou biologique dans le même moule que l'agriculture productiviste. Le but est clair : il s'agit de protéger à tout prix ce modèle d'agriculture industrielle, même si ses conséquences sur la santé et l'environnement se révèlent chaque jour plus nocifs.
L'affaire du purin d'orties est close. La visite des inspecteurs de la répression des fraudes chez Eric Petiot, un horticulteur qui faisait la promotion de cette technique ancestrale de jardinage sans avoir sollicité une autorisation de mise sur le marché, avait provoqué un vif émoi (Jacques et l'ortie). Les parlementaires ont adopté, à l'unanimité, un amendement à la loi sur l'eau et les milieux aquatiques du 20 décembre, qui permet aux utilisateurs de cet engrais et antiparasite d'échapper à d'éventuelles poursuites. L'amendement autorise l'usage de "préparations naturelles" sans autorisation préalable de mise sur le marché.