Oh José
Samedi 4 novembre quelque 150 manifestants du collectif des Faucheurs volontaires se sont réunis vers 13 heures sur une exploitation à Lugos, dans le sud de la Gironde. Ils y ont noyé une récolte de 2000 tonnes de maïs OGM stockée dans un silo, en y versant de l'eau et un colorant naturel pour la rendre impropre à la consommation. Arrivé sur les lieux, l'exploitant a ouvert le feu avec un fusil de chasse. En l'air selon la gendarmerie, en direction des manifestants, selon José Bové. C'est en se rendant à la gendarmerie pour porter plainte pour tentative d'homicide volontaire que José Bové s'est retrouvé en garde à vue.
José Bové est finalement sorti de la gendarmerie de Saint-Jean-d'Illac (ouest de Bordeaux) dimanche soir, peu après 21 heures.
Les réactions à cette action ont été aussi diverses que variées :
« José Bové ne fait qu'agir au nom du principe de précaution inscrit dans la Constitution à la demande du président de la République » (Noël Mamère).
« Je ne suis pas favorable à l'atteinte au droit de propriété (...), mais je comprends qu'il puisse y avoir des gestes de provocation quand le débat public n'est pas organisé »(Ségolène Royal).
« La ruralité ne doit pas être la copie de l'embrasement des banlieues. Le savoir vivre ensemble ne doit pas être bradé sur l'autel de l'obsession de quelques énergumènes à vouloir représenter la majorité de nos concitoyens » (La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA)).
Pour la FNSEA et l'ORAMA (Union des grandes cultures), « La destruction n’est pas la démocratie et l’arrachage le vote ». Quel bel exemple de cynisme de la part de la FNSEA. Ce syndicat agricole défend l'agriculture productiviste et transgénique et ne s'est pas gêné dans le passé d'agir dans l'illégalité. On se souvient du saccage du bureau de la ministre Voynet dont les auteurs n'ont jamais été sanctionnés. Les membres de ce syndicat sont de fidèles électeurs de Chirac et ont de ce fait toujours bénéficié de la plus grande mansuétude de la justice. Ce n'est pas le cas de José Bové des anti OGM et de la confédération paysanne.
Cela dit, et bien que j'approuve la lutte contre les OGM, cette action doit être envisagée sous un angle plus politique qu'émotionnel. Et la réaction la plus objective émane du MODEF (Mouvement de défense des exploitants familiaux) :
OGM : NE PAS SE TROMPER DE CIBLE
[ 09/11/2006 17:24 ] Communiqué de presse du MODEF
« La dernière action des faucheurs volontaires avec à leur tête José BOVE a failli tourner au drame.
Bien entendu chacun est libre de ses actions mais lorsque l’on agit en qualité d’homme public, il convient de ne pas se tromper de combat.
La destruction d’une récolte n’affecte en rien MONSANTO, substitue au combat de fond une confrontation entre agriculteurs et offre une tribune médiatique à un leader politique. En a-t-il besoin ?
Le problème des OGM, car cela en est bien un, doit être traité sur le fond et non par la surenchère médiatique.
Le MODEF est toujours aussi résolument opposé à la captation et à la brevetabilité du vivant par les multinationales mais il préfère la confrontation des idées à la confrontation physique et le vote de l’ensemble des citoyens à l’alignement politique.
L’action doit en priorité être dirigée vers le gouvernement pour le contraindre à renoncer à l’idée d’un décret et à lancer le débat parlementaire et citoyen à propos des OGM. Peut-être avec passion mais sûrement avec raison.
Le combat utile se situe à ce niveau et ne doit pas servir des intérêts personnels. »
Cette réaction résume bien les problèmes posés par cette action anti OGM :
- elle focalise l'attention sur l'acte de désobéissance civique de José et de ses amis,
- elle fait ainsi oublier que l'Etat français est lui même dans l'illégalité vis à vis de l'UE,
- elle divise le monde agricole alors qu'il faudrait l'unifier derrière un projet fédérateur d'agriculture durable, respectueuse de l'environnement et au service de tous,
- elle donne une image négative, ou tout au moins brouillée, d'un mouvement qui se veut responsable,
- elle permet à la FNSEA, syndicat agricole qui défend l'agriculture productiviste et transgénique de se poser en défenseur du monde agricole, ce qu'elle n'est pas.
C'est pourquoi, je crie : oh José, que nous fais-tu là ?
Nous allons vers une échéance capitale qui doit mobiliser toutes les énergies. Notre victoire serait aussi celle des anti OGM, et ce serait beaucoup plus efficace que la destruction quelques champs.
José, as-tu déjà fait l'impasse sur cette élection, penses-tu que l'affaire est pliée et que notre action ne peut aboutir, je ne peux le croire. De nombreuses personnes se mobilisent sur ton nom et pensent que tu es notre meilleur porte-drapeau. Ne gâche pas notre espoir.
Et pour compléter l'argumentaire anti OGM, si nécessaire, voyez ce site.