Bourreau ou victime
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters 04.11.06
Saddam Hussein a été "condamné à mort par pendaison" par le Haut tribunal pénal irakien, dimanche 5 novembre, pour sa responsabilité dans l'exécution de 148 habitants chiites du village de Doujaïl en 1982, en représailles à un attentat contre son convoi. Il a aussi été condamné à 10 ans de prison pour "crime contre l'humanité (torture)" et à 10 autres années pour "déplacement de population".
Bon, personne ne pleurerait ce bourreau s'il était exécuté, mais ce jugement appelle quand même quelques commentaires. Le premier qui me vient est : comment Saddam pourra-t-il faire ces vingt ans de prison une fois pendu ? Ceci sent l'influence des USA où ce genre de sentence un peu ridicule est monnaie courante. C'est assez pour nous rappeler que ce procès a été voulu, organisé et téléguidé par les Américains à qui on ne pourra jamais reprocher un excès d'intelligence politique.
Ce jugement est en effet, d'une stupidité rare pour de nombreuses raisons :
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Tout d'abord, ce procès a été de bout en bout une parodie de justice. Rien à voir avec le procès de Nuremberg. D'ailleurs, Amnesty International a jugé que le procès avait été « une affaire glauque, marquée par de graves failles qui remettent en question la capacité du tribunal, tel qu'il est établi actuellement, à administrer une justice juste, en conformité avec les normes internationales ». Le résultat de ceci pourrait être de changer Saddam de bourreau en victime et d'en faire un martyre. Est-ce que le monde avait besoin de cela ?
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Ensuite, Saddam est condamné « pour sa responsabilité dans l'exécution de 148 habitants chiites ». Il est certain que Saddam a bien plus de 148 victimes sur la conscience. On s'est limité à ce seul crime parce qu'il fallait en finir vite, mais d'une part, on minimise ses crimes, et d'autre part, on donne l'impression désastreuse que, seules les victimes chiites ont de l'importance, alors que, c'est tout le peuple irakien qui a souffert de cette dictature. Dans le climat de guerre civile actuel en Irak, c'est jeter de l'huile sur le feu.
Les commentaires de la communauté internationale ont été ce qu'on pouvait en attendre :
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Cynisme des américains qui ont pratiquement écrit le jugement : « La Maison Blanche s'est félicité de la condamnation à mort prononcée contre Saddam Hussein, a annoncé le porte-parole de la présidence américaine, Tony Snow. Il a qualifié le système judiciaire irakien d'indépendant et fiable ». Défense de rire.
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Pas de surprise du côté du caniche de Bush, Londres a été la première capitale à réagir : « "Je salue le fait que Saddam Hussein et les autres accusés ont été présentés devant la justice et ont eu à rendre compte de leurs crimes", a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères Margaret Beckett quelques minutes après l'énoncé du verdict à Bagdad. ».
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Enfin l'Europe a été d'une timidité habituelle. La France a dit « prendre acte de la sentence prise par la justice irakienne », tout en rappelant « la position de la France et de l'Union Européenne pour l'abolition de la peine de mort. ». Le chef du gouvernement italien Romano Prodi a estimé que la condamnation de Saddam Hussein reflétait « le jugement de toute la communauté internationale sur ce "dictateur" »,tout en estimant qu'il fallait« avoir une réflexion sur la peine de mort ». Le chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero a lui aussi rappelé que l'UE était contre la peine de mort.
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Seule la Russie a fait montre d'une certaine clairvoyance : « le président de la commission des Affaires étrangères Konstantin Kossatchev a mis en garde contre les "conséquences catastrophiques" qu'aurait pour l'Irak la pendaison de l'ancien président irakien Saddam Hussein, tout en jugeant "peu probable" que sa condamnation à mort soit appliquée. ».
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Et pour finir, du pays du communisme et des droits de l'Homme triomphants : « La Chine se refuse à tout commentaire dans une affaire intérieure à l'Irak. ».
Un dernier commentaire : de méchantes langues diraient que les USA ont tout intérêt à faire taire un ancien complice qui pourrait devenir bien encombrant s'il lui venait à l'esprit de publier ses mémoires.