Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Révolution citoyenne

Salaire juste ?

7 Septembre 2006 , Rédigé par Christian Laborde Publié dans #Economie

Le salaire des patrons est-il "juste" ?

LE MONDE 05.09.06

Une analyse que je crois très pertinente.

Les patrons sont payés aujourd'hui comme des rock stars ou des sportifs de haut niveau. Aux Etats-Unis, les dirigeants des cinq cents premières entreprises ont gagné l'an passé, selon le magazine Forbes, une moyenne de 10 millions de dollars. Les PDG français sont à moitié, environ, du niveau américain (2,3 millions hors stock-options en moyenne pour les dirigeants du CAC 40, ce qui les place devant leurs collègues britanniques).

Au Moyen Age, les penseurs scolastiques, interpellés par la renaissance du commerce et de la mon­naie, se sont posé la même question : qu'est-ce qu'un prix "juste" ? Saint Thomas notait que "le prix des choses qui se vendent ne s'estime pas d'après la hiérarchie des natures, puisqu'il arrive parfois qu'un cheval se vende plus cher qu'un esclave". Duns Scot, autre grand penseur scolastique, estimait qu'un prix était juste à deux conditions : "La première est que l'échange soit utile à la communauté et la seconde que la personne reçoive dans l'échange une récompense fonction de sa diligence, de sa peine et du risque encouru" (cité par André Lapidus dans Nouvelle Histoire de la pensée écono­mique, Economica).

Est-ce que le salaire des patrons récompense leur diligence, leur peine et le risque encouru ? Il y a plusieurs manières de comprendre cette question. S'il s'agit de savoir si leur diligence serait atténuée s'ils gagnaient, disons, dix fois moins, la réponse est clairement négative. Le patron d'une petite entreprise ne travaille pas moins que celui d'une grande et le risque qu'il encourt n'est pas moindre.

A défaut de rémunérer leur peine, s'agit-il de créer des incitations adéquates ? Avant la révolution des stock-options, les patrons étaient des salariés comme les autres, gagnant certes davantage que leurs subordonnés, mais partageant leurs préoccupations. Les stock-options leur font épouser le point de vue des actionnaires. Sont-elles, du strict point de vue de la création de valeur boursière, la meilleure façon d'y parvenir ?

Notez qu'il faudrait se poser la question sur la virtualité de la "valeur boursière".

Est-ce que la rareté des chefs d'entreprise pourrait expliquer leur rémunération ?

Dans une étude brillante, qui circule beaucoup à Wall Street, Xavier Gabaix et Augustin Landier ont proposé une quantification de cette rareté ("Why Has CEO Pay Increased So Much ?", MIT, janvier 2006). Par des méthodes statistiques ingénieuses, ils mesurent la part qui revient au talent propre, rare, des PDG des grandes entreprises américaines dans la valeur des firmes qu'ils dirigent. Ils montrent que celle-ci est réelle, mais très faible. Selon les auteurs, si le PDG de la 250e entreprise (par sa capitalisation) devait remplacer celui de la première, il en résulterait pour celle-ci une perte de valeur de 0,014 % !

Le salaire des dirigeants d'entreprise ne vise donc pas à récompenser leurs efforts, qui ne justifie­raient pas de telles sommes. Il ne s'agit pas non plus de les inciter à bien faire : on utiliserait en ce cas d'autres types de contrat. Il est le résultat d'une mise en concurrence des firmes, savamment entretenue par les dirigeants eux-mêmes (ce qui serait en tant que telle une autre histoire à raconter...), pour que les meilleurs managers dirigent les meilleures firmes.

Si telle est l'explication de leurs rémunérations, une conclusion s'impose : rien n'interdit, du strict point de vue de l'efficacité économique, de taxer, disons, 90 % des gains des chefs d'entreprise ! Les meilleurs dirigeants continueraient d'aller aux meilleures firmes et aucune perte d'efficience ne serait à craindre. Comme le cheval qui ne courrait pas moins vite s'il valait moins cher, les chefs d'entre­prise ne seraient pas moins diligents s'ils étaient (tous) moins payés.

Ceci est à mettre en parallèle avec cette autre information :

Le nouveau patron du groupe EADS, le Français Louis Gallois, a demandé une diminution de salaire qui jette un froid.

Ce patron de gauche refuse les 2,33 millions d’euros (3,68 millions de francs) de revenus annuels que recevait son prédécesseur. A la direction de la SNCF, lui-même touchait 15 000 euros (23 700 fr.) par mois et refusait d’encaisser les jetons de présence auxquels il avait droit en tant qu’administra­teur d’EADS. A son nouveau poste, il veut obtenir la même somme.

En Suisse, les salaires mirobolants des grands patrons tels que Marcel Ospel, d’UBS, ou Daniel Va­sella, chez Novartis, ont alimenté la polémique cet été. L’un gagne 26 millions de francs par an et l’autre 20 millions. Malgré tout, aucun d’eux n’a demandé de diminution de salaire.


Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article