Le fond et la forme
LE MONDE 02.09.06
Le plus curieux dans ce qui arrive au pays est que, si l'on en croit les sondages d'aujourd'hui, qui donnent un match Ségo-Sarko au second tour, on va demander aux citoyens de choisir entre ce qu'on appelle deux "tempéraments", et deux tempéraments qui se ressemblent dans les qualités et les défauts. Naguère on votait pour des "intelligences" de l'élite française.
Il y a, entre elle et lui, un premier fond commun : les valeurs priment les idées. Ni l'un ni l'autre ne sont des intellectuels capables de tenir un discours un peu trapu sur l'évolution du capitalisme, l'art, ou les rapports entre la science et la philosophie. Non. Mais l'un et l'autre veulent revenir à ce qu'ils appellent communément "les vraies valeurs" : une société ordonnée, l'autorité, le respect, le mérite, l'effort, le travail, la fermeté.
Il est effectivement curieux qu'alors qu'on dit que les Français manquent de repères, que notre société manque de but, les deux non-candidats favoris des médias se battent sur les valeurs et non sur les idées, sur la forme, pas sur le fond. Et pourtant, que ce soit la montée des inégalités sociales, la mondialisation, le défi climatique, les questions fondamentales ne manquent pas. La vérité, c'est que pour être élus, nos deux compères interchangeables Ségozy et Sarkolène ne veulent faire de peine à personne. Il ne faut pas inquiéter, il faut rassurer. De là à prendre les Français pour des demeurés incapable de comprendre, il n'y a qu'un pas que les deux semblent avoir franchi.
Français, ne pensez pas, ces deux là le font pour vous, même s'ils ne le disent pas pour ne pas déranger votre tranquillité. Choisissez en un comme vous choisissez votre lessive, en regardant la publicité.